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L’homme qui a vaincu le Pacifique à la force du soleil !



Andre Borschberg restera sans doute pour longtemps le pilote qui aura effectué le plus long vol en solitaire avec plus de 5 jours et 5 nuits entre le Japon et Hawaï. Nous lui avons demandé quelle expérience humaine il retirait de cet exploit hors du commun. Son approche autour du leadership, rempli d’humanité et de confiance en l’équipe, est une leçon de management !
Pour vous l’explorateur est avant tout un leader ! Etonnant alors que l’on est assis seul dans son cockpit au milieu de nulle part, non ?

 

Il y a des moments dans la vie des explorateurs où des décisions cruciales doivent être prises, des décisions qui conduiront soit au succès, soit à l’échec, et qui peuvent aller à l’encontre des idées établies. C’est dans ces moments que les explorateurs deviennent des leaders !

Tirons un exemple de mon expérience lors du vol du Japon à Hawaï : quelques heures après le décollage de l’aéroport de Nagoya à bord du Solar Impulse 2, je détectai une défaillance dans le système qui commande l’avion pendant que je me repose. Pour un vol d’au moins 5 jours et nuits, sachant que j’étais le seul pilote dans le cockpit, ce système était d’une importance capitale.

Lorsque j’atteignis le point de non-retour, le système ne fonctionnant toujours pas correctement, tous mes ingénieurs me demandèrent de retourner au Japon pour régler le problème. Mais c’était la première fois que les conditions météorologiques au-dessus du Pacifique étaient extrêmement favorables après 2 mois passés à attendre et à reporter notre départ. J’envisageai donc la question sous un autre angle et me dis que le risque de la mission était globalement mesuré, que je pouvais trouver des solutions pour compenser la défaillance du matériel. Je décidai de continuer, ce qui provoqua une grande émotion au sein de l’équipe. Mais c’était le seul moyen d’avancer. Ce fut une décision difficile, mais je sentais au fond de moi que c’était le bon moment.

 

Votre équipe c’est votre cordon ombilical, votre ligne de vie. La confiance, dites-vous, est essentielle pour tirer le meilleur de chacun. Ce n’est pas un excès de modestie par rapport à votre exploit ?

Les explorateurs ne peuvent réussir que s’ils parviennent à tirer le meilleur de ceux qui les entourent. C’est une question de motivation et d’autonomisation. Chaque personne doit comprendre son rôle dans l’aventure, être encouragée et reconnue dans son travail. Lorsque l’objectif est aussi précis que le nôtre, l’ensemble des collaborateurs l’a toujours en tête. Les ingénieurs de Solar Impulse qui construisirent l’avion savaient qu’ils fabriquaient un appareil révolutionnaire. La sécurité du pilote est devenue primordiale pour tous. Le but restait de continuer à explorer, mais la sécurité des pilotes et de l’avion devint leur priorité. Ils s’impliquèrent tellement que d’une certaine manière, ils devinrent porteurs du projet au même titre que nous. L’appropriation du projet à l’échelon individuel fait de l’exploration une aventure pour toutes les personnes concernées.

Lorsque nous volons à bord du Solar Impulse 2, nous nous appuyons fortement sur le Centre de contrôle de mission à Monaco (CCM). Situé à des milliers de kilomètres de l’avion et du pilote, le CCM établit les conditions météorologiques, assure le fonctionnement du système. Jour après jour, heure après heure, ils suivent l’avion et participent à sa surveillance afin d’identifier les dysfonctionnements le plus tôt possible.

Les enjeux étaient importants et je savais que tout le monde faisait de son mieux pour que nous réussissions. Ils étaient tous tellement impliqués que je savais que si nous n’y arrivions pas, ce ne serait pas un manque de persévérance ou de volonté qui serait en cause, mais le destin ! 

 

Pour vous, traverser le Pacifique c’est aussi un voyage intérieur ?

Prendre le temps de la réflexion est crucial dans les moments de risque extrême. Au final, toute expérience d’exploration dépend de l’individu et ce qui en résulte vraiment est le fruit d’un voyage intérieur.

 

Entre le mental et le physique, vous privilégiez le premier dans la réussite. Pourquoi ?

L’un des moyens de se préparer au risque est de se préparer au pire pour le rendre moins terrifiant. Le fait de savoir que l’on peut gérer des situations très délicates (la nécessité de s’éjecter de l’avion au-dessus de l’océan) permet à l’anxiété éprouvée plus tôt de diminuer et d’être en mesure de se concentrer sur le présent.

Ce que je trouve également utile est de s’observer soi-même, de scruter ses propres réactions, comportements et émotions. J’ai découvert que pour développer cette compétence, le yoga et la méditation étaient de très bons outils. Le yoga ne consiste pas simplement à faire de l’exercice différemment, il s’agit de développer un état d’esprit, de mettre l’esprit et le corps en harmonie. L’observation de soi en fait partie, elle permet de voir comment notre propre corps réagit lorsque nous prenons une posture, comment nous respirons, comment nous nous sentons. C’est exactement ce qu’il faut faire lorsqu’on se retrouve confronté à une situation de stress.

Ce dossier a été réalisé avec l’aide des équipes de Solar Impulse, de leurs divers dossiers techniques et du blog http://blog.solarimpulse.com

 

Date : Le 29/07/2016

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